Le cyber-harcèlement comprend toutes les formes de harcèlement qui font appel aux technologies de l’information et de la communication et auxquelles des individus recourent pour embarrasser, menacer ou insulter de manière intentionnelle et répétitive les victimes, avec pour objectif de les blesser.
Cinq critères permettant de définir un acte de cyber-harcèlement ont été identifiés sur la base des résultats d’enquêtes formulés par des chercheurs de l’Université d’Anvers et des Facultés Notre-Dame de la Paix de Namur en 2006 (H. Vandebosch et K. Van Cleemput) :
Le harcèlement classique et le cyber-harcèlement sont fortement liés. Le harcèlement classique se déroule souvent à l’école, dans la cour de récréation, donc en journée ; le cyber-harcèlement en est la continuité. Il se prolonge le soir, à la maison, devant l’ordinateur. Même si ces deux types d’harcèlement vont de pair, il existe cependant des différences notables qui les caractérisent chacun.
Les dommages psychologiques, émotionnels et sociaux du cyber-harcèlement peuvent être plus graves et laisser des traces tout au long de la vie des victimes. Une série d’auteurs suggère que les caractéristiques spécifiques des TIC en sont responsables : le caractère anonyme, l’absence de perception émotionnelle directe, le décalage dans le temps et dans l’espace ainsi que son caractère public amplifient la portée et l’impact du cyber-harcèlement. (Patchin et Hinduja, 2006: 154-155; Slonje et Smith, 2007: 2).
Selon plusieurs études internationales, les victimes admettaient elles-mêmes que les sentiments le plus souvent ressentis étaient la colère, la frustration et le désespoir. Ces sentiments se manifestent de manière encore plus forte chez les jeunes mineurs (pré-adolescents) et les mineurs qui sont harcelés à la fois en ligne et hors ligne (ce que l’on appelle les « Global victims »). Environ 6 victimes interrogées sur 10 estiment que le harcèlement en ligne avait une influence sur leur comportement à l’école, à la maison et dans leurs relations avec leurs amis (Patchin et Hinduja, 2006: 162). Souvent, une diminution de l’estime personnelle et un manque de confiance en soi ont été constatés. L’impact du cyber-harcèlement se traduit chez de nombreux jeunes par des phénomènes cliniques de dépression, à tel point que, selon une étude flamande, les victimes auraient trois fois plus de risques de présenter des symptômes de dépression (Vandebosch e.a., 2006a: 136).
Nos conseils clefs :
L’avis d’un expert : Bélinda, psychologue
« Faites-lui clairement comprendre que vous ne tolérez pas ce comportement. Parlez avec votre enfant et demandez-lui pourquoi il fait cela. Il arrive souvent que le harcèlement soit perçu ou présenté comme une plaisanterie qui ne porte guère à conséquence. Le harceleur utilise souvent l’humour comme stratégie de manipulation, il enferme ainsi la victime dans sa souffrance. L’auteur du harcèlement ne se rend pas toujours compte des dégâts qu’il occasionne ni même du fait qu’il se rend coupable d’un acte délictueux punissable. Ne punissez pas d’emblée mais indiquez à l’enfant ses responsabilités et tentez de le sensibiliser quant à la portée de ses actes. Posez-lui des questions du type : « Comment réagirais-tu si quelque chose comme ça t’arrivait ? » ou « Est-ce que tu oserais dire une chose pareille si ton interlocuteur se trouvait en face de toi ? » En un mot, tentez de développer un sentiment d’empathie pour la victime. Finalement, exigez de votre enfant qu’il arrête immédiatement ce comportement. Si l’enfant n’agit pas seul mais avec des amis, vous pouvez en avertir les autres parents. Informez également l’école de ce qui se passe. »
L’avis d’un parent : Abdel, papa de deux filles 18 et 13 ans
« Le problème des ados, c’est qu’ils ont du mal à communiquer. En théorie, dialoguer, c’est bien, mais en pratique, c’est une autre paire de manches. Donc je crois que le plus difficile, dans ce cas précis, serait de réaliser que l’une de mes filles pourrait être victime de cyber-harcèlement. C’est ce qui m’effraie : on essaie de savoir comment elles se portent, mais difficile d’obtenir de vraies réponses et de savoir ce qui les préoccupe. Si un tel cas devait survenir, je tenterais d’abord d’identifier la ou les personnes à l’origine du harcèlement en ligne, je crois que j’essaierais de lui envoyer des messages afin que cela cesse immédiatement et ensuite, je porterais plainte, tout simplement. »
L’avis d’un expert :
« Le harcèlement est le résultat d’un processus complexe d’interactions sociales entre différents acteurs. Il est primordial d’impliquer tous les protagonistes dans la solution : le harcelé, le harceleu , les témoins et les représentants du contexte institutionnel (direction d’école, de club de sport.. ). L’accompagnement d’une situation de harcèlement demande une mobilisation sur le long terme des parents, des enseignant (ou animateurs) et de professionnels spécialisés. Il est essentiel que la violence subie et son caractère illégitime soient reconnus et que des mesures de protection soient immédiatement mises en place. » (Bélinda, psychologue)
L’avis d’un parent : Anne-Sophie, mère d’une fille de 14 ans et 2 garçons de 11 et 6 ans
« Cela me fait très peur ! Je pense que tout le monde peut facilement passer du rôle de harceleur à celui de harcelé ou de témoin. Je suis persuadée que mes enfants vont être témoins de cas de harcèlement en ligne. Sauront-ils tout d’abord les détecter ? Auront-ils le réflexe de les signaler ? Ou est-ce que cela passera comme un statut parmi d’autres dans leur flux d’actualités ? Je redoute qu’en tant que parents nous ne soyons pas assez exemplaires et fermes par rapport ce genre de comportements et que nos enfants aient du coup du mal à distinguer ce qui se fait en ligne de ce qui ne se fait pas.
J’aimerais pouvoir leur enseigner des valeurs et leur inculquer le fait que si quelque chose les titille, ils sont invités à nous en parler. Pour que nous trouvions ensemble une piste pour résoudre les problèmes auxquels ils seront confrontés. Mais la priorité, à mes yeux, est qu’il gardent à l’esprit que derrière un compte, un pseudo, il y a toujours une personne qui peut toujours être blessée par un commentaire blessant. »
Une approche préventive peut étouffer le problème du harcèlement avant qu’il ne se manifeste réellement. De cette manière, le dommage (psychologique, émotionnel et/ou financier) peut être évité.
Nos conseils clefs:
Des faits de cyber-harcèlement peuvent être réprimés de multiples façons. Ainsi, quelle que soit sa forme, le cyber-harcèlement est sanctionné pénalement, que le comportement défaillant soit constitutif de harcèlement, de harcèlement par voie électronique, de calomnie, de diffamation ou d’injure, d’outrage public aux bonnes mœurs, de hacking ou encore de faux informatique. Le harcèlement est donc une infraction prévue par le Code pénal. Des mesures particulières peuvent cependant être prises à son égard en vertu de la loi relative à la protection de la jeunesse, pouvant aller jusqu’à l’enfermement en centre dans les cas les plus graves. La loi prévoit encore la possibilité de rechercher en commun, dans le cadre d’une médiation ou d’une concertation, une solution adéquate aux conséquences néfastes du comportement du mineur.
Alors que faire ? Vous pouvez porter plainte à la police pour faire sanctionner l’auteur des faits. N’oubliez pas de conserver des preuves du cyber-harcèlement à l’aide de captures d’écran.
Outre la police, vous pouvez aussi contacter les personnes suivantes pour porter plainte :
⇒ Dans son dossier, le Ligueur vous informe sur les règles qui protègent du cyber-harcèlement.
Une approche préventive peut endiguer le problème du harcèlement avant qu’il ne se manifeste réellement. L’école est un environnement favorable comme canal de prévention du harcèlement car les enfants y passent la majorité de leur temps. Dans un contexte scolaire, toutes les parties qui peuvent aider à prévenir et remédier au harcèlement (électronique) sont impliquées. Le harcèlement est toujours un problème qui doit être abordé d’une manière intégrée (i.e. à différents niveaux en même temps).
De façon préventive, privilégier un climat serein et positif ainsi qu’un espace de parole au sein de l’établissement permettront aux élèves de parler de ce qui est difficile à vivre à l’école ou en dehors. Une culture du dialogue et de l’échange favoriseront les relations de confiance. Organiser des activités de groupe aideront les jeunes à comprendre l’importance du bien vivre ensemble, du respect et, surtout, de l’empathie. L’enjeu se situe dans la diminution des risques d’exclusion. Il faut casser le préjugé des enfants sur les potentiels paramètres de stigmatisation comme par exemple le style vestimentaire, l’apparence physique, les résultats scolaires (trop bons ou trop mauvais)… Il semble également important que l’établissement scolaire adopte une position claire en communiquant de manière transparente sur les sanctions prises en cas de cyber-harcèlement. Au-delà de la formation et de la sensibilisation, la clé reste l’éducation aux valeurs sociétales dans le cadre scolaire. Les ressources disponibles sur la page clicksafe.be donneront des pistes pour agir concrètement au sein des établissements scolaires.
De façon réactive, lorsque l’équipe a conscience du problème, il faut rapidement le régler. Tout d’abord en protégeant et en rassurant la victime et ses parents, puis en prenant éventuellement une sanction disciplinaire contre le ou les coupables. Attention, bien que la sanction ne soit certainement pas à recommander comme stratégie générale de prévention et d’intervention, la suspension et l’éviction de l’environnement scolaire sont bien nécessaires en cas d’incidents de harcèlement graves. La sanction éducative doit permettre de comprendre ce qui n’est pas « acceptable » et de réparer : poser les limites et aussi faire prendre conscience de la gravité des faits en poussant le « bourreau » à se mettre à la place de sa victime.
Pour plus d’information au sujet du rôle de l’école, rendez-vous sur clicksafe.be
Pour plus de conseils concrets à intégrer au niveau de l’école et de la classe, rendez-vous sur clicksafe.be